Le coin des experts

Inno­va­tion de rupture et réseau de valeur

L’in­no­va­tion et la rupture peuvent parfois avoir des impacts insoupçon­nés. Ils peuvent ainsi influen­cer de manière non négli­geable le réseau de valeur.

Par Philippe Silber­zahn – Le 26 avril 2017

La rupture dans l’in­no­va­tion n’af­fecte pas seule­ment une entre­prise ou un utili­sa­teur. Elle influe sur tout un écosys­tème puisqu’elle peut trans­for­mer complè­te­ment un réseau de valeur.

Extrait de la vidéo de forma­tion MOOC Inno­va­tion de Rupture

Une rupture n’est pas unique­ment tech­no­lo­gique, et elle peut affec­ter n’im­porte quel acteur, même ceux qui a priori se situent en dehors de son domaine d’in­ven­tion. 

Mais l’im­pact d’une rupture va bien au-delà du seul marché, elle affecte égale­ment ce qu’on appelle le « réseau de valeur ». Qu’est-ce qu’un réseau de valeur ? C’est l’en­semble des parties prenantes d’un écosys­tème donné : produc­teur, parte­naire, clients, four­nis­seurs, distri­bu­teurs, etc et surtout la façon dont ce réseau crée de la valeur.

Regar­dons l’im­pact d’une rupture sur le réseau de valeur au travers d’un exemple simple, celui des tests de gros­sesse.



L’évo­lu­tion de l’offre en matière de tests de gros­sesse

Savoir si une femme est enceinte est évidem­ment une ques­tion très ancienne et très impor­tante. C’est aussi une histoire passion­nante qui mêle tech­no­lo­gie et société.

Jusque dans les années 50 on ne connaît pas les méca­nismes hormo­naux permet­tant de tester la gros­sesse. Il y a des choses qui marchent, certaines depuis l’an­tiquité, mais on ne sait pas pourquoi. 

À partir des années 50 on est capable d’uti­li­ser un test mais il faut pour cela tuer une souris. Je vous passe les détails, mais vous convien­drez que ce n’est pas idéal

Quelques années après, on peut tester avec une grenouille, qu’il n’est plus néces­saire de tuer, ce qui est bien-sûr un progrès.

Dans les années 60 les connais­sances scien­ti­fiques sur les méca­nismes hormo­naux progressent. On peut désor­mais faire un prélè­ve­ment chez le méde­cin, prélè­ve­ment qui est ensuite envoyé dans un labo­ra­toire médi­cal. Une fois le test effec­tué, le labo­ra­toire renvoie les résul­tats chez le méde­cin.

A cette époque appa­raît donc un nouvel acteur : le labo­ra­toire d’ana­lyse. Le méde­cin n’est plus seul, il sous-traite l’ana­lyse à un acteur spécia­lisé. On mobi­lise de nouvelles tech­no­lo­gies (réac­tifs, centri­fu­geuses, etc.) et un nouveau métier appa­raît : celui de tech­ni­cien de labo­ra­toire. On voit donc qu’il y a une modi­fi­ca­tion du réseau de valeur : nouveaux acteurs, nouveaux modèles écono­miques, nouveaux proces­sus et modes de fonc­tion­ne­ment : prélè­ve­ment, envoi au labo­ra­toire, analyse, envoi des résul­tats au méde­cin et commu­ni­ca­tion du résul­tat à la patiente.

Puis dans les années 70 appa­raissent les premiers tests indi­vi­duels. C’est une révo­lu­tion. Ils sont ache­tés en phar­ma­cie. On aperçoit un nouvel impact puisqu’appa­raît un nouvel acteur, absent jusque-là : le phar­ma­cien. Deux autres acteurs dispa­raissent : le méde­cin, et le labo­ra­toire. Là encore, émergent de nouveaux proces­sus et modes de fonc­tion­ne­ment : achat du test et obten­tion immé­diate du résul­tat. C’est moins cher, c’est plus rapide et surtout c’est confi­den­tiel. Sur un sujet aussi sensible, l’im­pact socié­tal est majeur.

Aujour­d’hui, le test est acheté sur Inter­net. Plus besoin d’al­ler chez le phar­ma­cien. Cet acteur dispa­raît tandis qu’ap­pa­raît un nouvel acteur: le site Inter­net.



Ce qu’il faut rete­nir

L’im­pact d’une rupture c’est donc de remo­de­ler l’éco­sys­tème, le réseau de valeur. Dans l’exemple du test de gros­sesse, nous pouvons obser­ver plusieurs ruptures succes­sives : la révo­lu­tion de la connais­sance hormo­nale des années 60, le test indi­vi­duel des années 70, Inter­net à partir des années 90. Chaque rupture recon­fi­gure le réseau de valeur, suppri­mant certains acteurs, intro­dui­sant des acteurs nouveaux, mais aussi modi­fiant les pratiques, les modèles d’af­faire. 

Il y a donc des gagnants et des perdants. Il n’est donc pas éton­nant que chaque rupture fasse aussi l’objet de résis­tance. On le voit avec les taxis face à Uber par exemple. On ne peut donc pas penser le chan­ge­ment tech­nique sans penser au chan­ge­ment écono­mique et social qu’il induit. C’est un aspect que les inno­va­teurs apprennent souvent à leurs dépends.

Un des critères de réus­site d’une inno­va­tion de rupture est donc de bien anti­ci­per, dans la mesure du possible, les impacts sur le réseau de valeur pour les gérer au mieux.


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